SEREFE ou comment transmettre des documents lorsque l’on ne les a pas avec soi

Imaginons le scénario suivant: Je déjeune avec Cécile dans un petit restaurant mexicain. Au cours de la conversation, je suis amené à lui parler d’un projet qui me tient à coeur; j’aurais bien envie de lui montrer la présentation que je suis en train d’élaborer pour qu’elle puisse me donner son avis; ça tombe bien: Cécile a son tout nouvel ordinateur portable Mac avec elle; oui, mais moi je n’ai pas le document en question faute de l’avoir copié sur un CD ou une clef USB (comment aurais-je pu prévoir que nous viendrions à aborder ce sujet et que Cécile y manifeste autant d’intérêt?).

Mon enthousiasme est terni par la contrariété.  Qu’à cela ne tienne:  je promets à Cécile de lui transmettre mon document une fois retourné au bureau et elle me promet de me donner son feed-back… mais l’échange à distance, s’il a vraiment lieu, n’aura pas la richesse de l’échange spontané entre 2 interlocuteurs pleinement disponibles. Et puis peuvent se poser divers problèmes techniques: mon document peut avoir une taille qui ne permet pas l’envoi par mail et les autres solutions, par exemple la configuration d’un serveur FTP, peuvent s’avérer difficile à mettre en oeuvre pour des non-initiés.

Juwon Ahn et Jeffrey S. Pierce du Georgia Institute of Technology d’Atlanta ont présenté lors de la conférence MobileHCI  2005 (7th International Conference on Human Computer Interaction with Mobile Devices and Services) qui a lieu en ce moment à Salzburg un projet baptisé SEREFE pour “Serendipitous File Exchange Between Users and Devices” (ne me demandez pas ce que l’adjectif serendipitous signifie, je n’en ai pas la moindre idée). Leur projet est né du constat suivant: il n’est possible de prévoir ni quelle information je vais souhaiter partager dans le futur ni à quel moment et à quel endroit. Par conséquent, je n’aurai pas forcément le fichier souhaité sur ma clef USB ou quelque part dans mon dossier partagé accessible par le web.

Bref, tant que l’ensemble de nos fichiers ne seront pas stockés dans nos cerveaux, ce problème se posera… ce qui laisse de beaux jours à des projets tels que SEREFE!

Le projet repose sur un système de messagerie instantanée. Cependant, contrairement à MSN Messenger, avec SEREFE, l’utilisateur et chacun de ses appareils disposent de comptes distincts. Les appareils se connectent automatiquement à leurs comptes respectifs lorsqu’ils sont connectés à Internet tandis que les utilisateurs se connectent à leur compte depuis l’un ou l’autre de leurs appareils.

Replay sur le scénario au guacamole: nous étions au restaurant avec Cécile. Supposons maintenant que nous soyons des utilisateurs de SEREFE. Je sors prestement mon P910 de la poche de ma veste et lance
SEREFE. En sélectionnant l’item Cécile dans la liste de mes contacts, je peux soit lui envoyer l’un des 10 fichiers envoyés récemment soit rechercher un autre fichier, par exemple en entrant son nom, son chemin, son type. La recherche est alors effectuée sur l’ensemble de mes appareils, par exemple l’ordinateur de mon bureau et celui de mon domicile. Le système me propose une liste de fichiers correspondant à la recherche, il ne reste alors plus qu’à sélectionner celui qui m’intéresse et l’envoyer, avec un texte d’accompagnement personnalisé ou le texte standard à Cécile. De son côté, Cécile reçoit un SMS lui
annonçant que je lui envoie un document. Elle se connecte à SEREFE, s’assure qu’il s’agit bien du document souhaité et accepte l’envoi. Elle peut alors diriger le document vers l’appareil de son choix, par exemple l’ordinateur de son bureau.

Bien sûr le système prend en compte les questions de sécurité, gère les cas où le destinataire d’un document n’est pas un utilisateur SEREFE, etc. Mais ce serait trop long d’entrer dans tous les détails ici. Contactez-moi si vous souhaitez davantage d’infos.

Source: SEREFE: Serendipitous File Exchange Between Users and Devices, Juwon Ahn et Jeffrey S. Pierce in Proceedings of the 7th International Conference on Human Computer Interaction with Mobile Devices and Services, p. 39-46

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