Pour que le TECOMO ne subisse pas le sort du TAMAGOSHI!

Le téléphone mobile est mort: vive le TErminal de COmmunication MObile (TECOMO)! Cet acronyme n’a rien d’officiel et n’est certainement pas encore référencé par Google; c’est le fruit de mon cerveau droit, encore partagé entre rêves et réalité.

Il y a bien longtemps que les constructeurs de téléphones mobiles ont renoncé à améliorer la qualité des communications vocales et à en faire un argument marketing; fini les batailles autour de la clarté des communications, de l’Enhanced Full Rate (EFR). D’ailleurs, les nouveaux modèles font parfois pire que leurs prédécesseurs, à commencer par les modèles UMTS/3G que j’ai pu tester récemment. Et l’ajout d’un intermédiaire supplémentaire telle qu’une oreillette Bluetooth n’arrange rien… mais qui s’en plaint? qui renonce à utiliser son Treo 650 parce qu’il est impossible de tenir une banale conversation dans une rue passante avec?

Etre les premiers à lancer sur le marché des TECOMOs qui nous permettent de réaliser les tâches que nous effectuons aujourd’hui avec nos ordinateurs interconnectés au travers de l’internet (partager des photos, établir des communications vidéo, envoyer et recevoir des emails, acheter des produits et des services), voilà sur quoi les fabricants concentrent leurs énergies.

Aujourd’hui, d’après ce que je comprends, la demande provient surtout des opérateurs qui ont investi dans la construction de réseaux 3G notamment, peu des utilisateurs de téléphones mobiles - euh!, pardon de TECOMOs - eux-mêmes.

Qu’une nouvelle fonction soit techniquement au point et disponible ne signifie évidemment pas qu’elle sera socialement acceptée puis utilisée; même si elle est potentiellement utile. Surtout si les interactions entre l’utilisateur et ces fonctions s’avèrent mal aisées. Et, pourtant, c’est ce que j’observe chaque jour, dans mon activité de spécialiste en utilisabilité: l’écart entre les potentiels d’utilisation et l’utilisation effective grandit. Soit parce que les fonctionnalités ne correspondent à aucun réel besoin, soit surtout parce que les interactions conduisent à des expériences désagréables.

Et ce n’est pas la contamination de la communication par le jargon technique accompagnant chacune de ces nouvelles fonctionnalités qui donne envie! Bien au contraire! Le slogan “Do you speak Orange?” était à ce titre… visionnaire tant il est nécessaire aujourd’hui d’apprendre le language des fabricants et des opérateurs pour tenter d’identifier de nouveaux usages qui ont du sens pour soi.

L’accroissement du revenu moyen par client - j’ai déjà oublié l’acronyme - passe aussi par l’utilisabilité. Mais l’utilisabilité est consommatrice de temps, elle implique un ralentissement du rythme, une prise de distance, une réflexion approfondie faisant appel à l’ergonomie, souvent aussi à la linguistique, l’ethnologie et l’anthropologie. Ce temps semble être de trop dans un environnement obsédé par la vitesse, par la croyance que réussir passe par être les premiers. Pourtant, l’exemple récent du iPod montre que la stratégie
gagnante n’est pas toujours d’entrer le premier dans le marché: Apple a lancé son premier iPod bien après d’autres fabricants mais avec une interface plus simple, plus aboutie.

Finalement, est-ce préférable d’être nombreux à se battre autour du petit gâteau des early adopters alors que, juste à côté, de beaucoup plus gros gâteaux sont en train d’être mis au four? Dans l’absolu, l’un n’empêche pas l’autre mais les ressources par essence limitées des entreprises le permettent-elles vraiment?

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