Comment peut-on jeter son dévolu sur un appareil dont les fonctionnalités sont en deçà des produits concurrents? A lire certains commentateurs sur la toile, cela ne peut s’expliquer que par l’ampleur de la campagne publicitaire engagée par Apple ou/et par une sorte d’hystérie collective propre aux phénomènes de mode. La raison aurait quitté nombre de consommateurs, prêts à se faire manger tout cru par la firme à la pomme. Parmi les victimes, un nombre étrangement élevé d’amis et de connaissances: designers, journalistes, informaticiens, ergonomes, professionnels du marketing et de la communication, chefs d’entreprise.
Espérons qu’un traitement puisse être rapidement trouvé pour lutter contre cette
véritable épidémie. Mais je m’égare… à en croire certains donc, nous ne pouvons être que des victimes.
C’est que ces commentateurs font, plus ou moins consciemment, une hypothèse discutable: la qualité d’un appareil est une affaire de nombres: nombre de fonctionnalités présentes, nombre de pixels de l’appareil photo, taille de la mémoire, nombre d’applications disponibles et - je garde le meilleur pour la fin - nombre de paramètres avec lesquels on peut “bidouiller”.
Une affaire de nombres? Peut-être mais…
Tous les nombres n’ont pas le même impact dans l’usage quotidien. Certains sont clefs, d’autres moins. Évidemment, les chiffres mis en avant par les fabricants ne sont pas toujours les chiffres clefs. [Je fais l'hypothèse que le décalage est d'autant plus grand lorsque le fabricant est davantage un assembleur qu'un innovateur, faisant un véritable travail de recherche et développement sur ses produits, qu'en pensez-vous?]
Un exemple tout simple, inspiré par le compte-rendu de Nicolas Rossé après quelques jours d’utilisation avec l’iPhone, sur le blog télécom de la TSR: l’appareil de photo de l’iPhone a une résolution de 2 millions de pixels; celui du Nokia N95, 5 millions. Qu’est-ce qui est préférable? Les commentateurs, porte-parole malgré eux du discours commercial “fast food” n’hésitent pas: 5 c’est plus que 2, donc c’est mieux. Oui, mais… il s’avère à l’usage que la réactivité du Nokia est mauvaise - il s’écoule quelques secondes entre le clic-clac et la prise de vue - et que l’on peut donc rater le bon moment. D’autre part, 2 millions de pixels, c’est non seulement suffisant pour visionner la photo sur l’appareil - combien d’entre nous transfèrent les photos prises avec leur téléphone sur un autre support? - mais aussi sur un écran de type TV HD Ready (à peine plus de 2 millions de pixels) ou encore l’écran d’un iMac 24 pouces. Pour un tirage papier, 2 millions de pixels, c’est suffisant jusqu’à un format carte postale. Enfin, des photos de 5 millions de pixels sont plus volumineuses, consomment donc plus de mémoire et nécessitent un temps de transfert double. Pour l’usage quotidien, l’appareil de l’iPhone peut donc s’avérer un choix plus judicieux.
Prendre une photo, c’est bien mais encore faut-il savoir comment la visualiser et la transmettre! Vous pensez que j’exagère? Ce n’est pas rare que les utilisateurs ne sachent pas retourner dans le dossier photos. Si, si!
Finalement, ce n’est pas tant le nombre de fonctionnalités qui importe que la capacité qu’a un utilisateur de réaliser ses intentions, en particulier ses intentions clefs, avec son appareil. Mais les fabricants sont malins et sont parvenus à nous faire croire que ce qui compte, ce sont les fonctions plutôt que l’usage, le “quoi” plutôt que le “comment”. Tous, sauf un à ce jour: Apple.
Au-delà de la facilité d’emploi, la beauté
Je suis convaincu que l’humain est attiré par le beau, en toutes choses; parce qu’être entouré par du beau change la vie, rend plus vivant, stimule: qu’il s’agisse de montagnes, d’oeuvres picturales, d’humains, de voitures ou d’appareils. Chez l’iPhone, la beauté, c’est l’élégance de la ligne, l’intelligence de l’agencement, la qualité des matériaux, l’agrément d’utilisation, la cohérence et l’équilibre de la forme et des fonctions. De ce point de vue-là, le téléphone d’Apple me semble pour l’instant sans égal - la belle facture des appareils Bang & Olufsen, en particulier le Serenata, ne suffit hélas pas…
N’en déplaise aux commentateurs “technophages”, peut-être faut-il chercher le succès de l’iPhone avant tout dans ses qualités intrinsèques et dans son équilibre entre fonctionnalité, simplicité et beauté plutôt que dans le supposé matraquage publicitaire d’Apple.
PS: Ce serait intéressant d’évaluer l’efficacité, l’efficacité et la satisfaction “post-expérience” d’utilisateurs confrontés à des tâches fréquentes avec l’iPhone et d’autres appareils concurrents. J’aimerais d’ailleurs réaliser une étude comparative au début de l’automne - partenaires bienvenus!
photo: ancienne calculatrice, prise en photo avec mon iPhone…, chez Carbu, espace collectif de travail et de création à Lausanne. Merci Mustapha!

hello,
Suis tout a fait d’accord.
J’aimerais ajouter que tout le monde se prend beaucoup trop au sérieux concernant les technologies.
Le iPhone c’est quelque chose de plus qu’une techno. Il y a du fun la dedans… Ça convient parfaitement à mon style de vie. Mais il me permet de faire des choses que je n’ai encore jamais fait avec d’autres téléphones… Comme réagir à ce post dans le train.
Ça me rappelle l’article de Umberto Ecco en 94, malheureusement aussi d’actualité pour les mobiles:
“DOS is Protestant, or even Calvinistic. [...] To make the system work you need to interpret the program yourself: a long way from the baroque community of revelers, the user is closed within the loneliness of his own inner torment.”
http://www.columbia.edu/~sss31/rainbow/mac-pc.html
Pour calmer toute la frustration engendrée par un maniement obscur, il faut pouvoir se rabattre sur les nombres: certes mais le mien il a 5 millions de pixels
LESS IS MORE…
néanmoins c’est regrettable que avec l’iphone je ne peux pas faire ce que je fais depuis 2 1/2 avec mon NOKIA E61 (sauf la photo je l’accorde) mais où est l’autonomie (3 jours même en umts), le copier/coller, le transfert de fichier par bluetooth, le clavier externe par bt, les cartes mémoires échangeables et surtout le VOIP avec n’importe quel provider…
NON NON NON…
sans parler de chiffre il sembles que les nouveaux modems devraient au-moins égaler les technologies existantes (ou les améliorer, par ex. disquette –> usb stick / modem 56k–>umts etc.)
Ici ce n’est pas le cas…
@ vnic32: merci de ton commentaire. Ton Nokia E61 dispose de fonctions inexistantes sur l’iPhone. Soit. Mais qui, à part toi, utilisent les fonctions dont tu parles et à quelle fréquence? qui sait les mettre en œuvre sans devoir tâtonner? L’iPhone ne vise probablement pas les “geeks”, dont tu sembles faire partie, mais les autres, soit, selon la formule de Steve Jobs, “the rest of us”, autrement dit certainement 9 personnes sur 10!
Tu fais mention, par exemple, du transfert de fichiers (par Bluetooth). Mais, qui transfère des fichiers d’un téléphone à un autre? - je ne fait pas mention ici du transfert de téléphone à ordinateur qui est également possible sur l’iPhone mais pas via Bluetooth.
Quand à l’autonomie de la batterie, as-tu vraiment comparé? Je n’ai pas le E61 dont tu parles mais l’autonomie est supérieure à celle de mon Nokia E65 dont j’avais pris l’habitude de désactiver l’UMTS en quasi permanence… à cause de la faible autonomie et de la mauvaise gestion du “hand-over”. A ce propos, as-tu déjà essayé de désactivé temporairement l’UMTS sur ton Nokia? cela implique de devoir systématiquement redémarrer l’appareil alors qu’un simple effleurement suffit sur l’iPhone…
Encore une fois, oui, l’iPhone n’est pas doté de toutes les fonctions possibles et imaginables.. et alors? l’important est que ses utilisateurs parviennent à exécuter leurs intentions. Peut-être auras-tu lu que Google a comptabilisé 50 fois plus de recherches effectuées depuis l’iPhone que depuis n’importe quel autre appareil mobile, malgré le nombre encore restreint d’iPhone en circulation (source en anglais: Macworld). C’est ça qui compte… qu’enfin, un appareil permette aux utilisateurs de faire ce qu’ils souhaitent. Depuis la commercialisation de l’iPhone en Angleterre, l’opérateur mobile O2 a observé un trafic de données inconnu jusqu’alors (Source en anglais: même article de MacWorld).
Je ne sais pas si tu as remarqué mais l’engouement pour l’appareil provient non seulement des utilisateurs mais aussi des entreprises qui ont bien compris à quel point l’appareil était un bon moyen d’augmenter l’utilisation de leurs services. Combien de sites ou d’applications sont maintenant conçues pour l’iPhone? et combien de ces mêmes entreprises ont investi sur d’autres plateformes mobiles? Ici, c’est une question de nombres! Combien d’aventuriers sur des appareils compliqués pour combien d’utilisateurs lambda sur iPhone?
Mais, je suis d’accord avec toi: si tu souhaites utiliser les services de plusieurs opérateurs VoiP, utiliser un clavier externe sans fil ou utiliser plusieurs cartes mémoire (peut-être que les 16 Gb de l’iPhone pourraient permettre d’éviter de jongler avec de multiples cartes mémoire, non?), faire du copier-coller (du copier-coller de quoi au juste?), alors l’iPhone n’est en effet pas pour toi!
En effet mon commentaire était très égocentrique, mais je voulais juste mentionner que avec un nouvel appareil j’attends au-moins les mêmes caractéristiques que ce qu’un modèle (et non pas un modem excuser le lapsus dans mon premier poste) pouvait faire il y a plus de 2 ans déjà.
Au fait le couper coller est pratique pour écrire des sms/mms avec certains providers par le web (entre le carnet d’adresses et le champ d’entrée).
Pour le décollage de l’internet mobile il est difficile de l’imputer à l’iphone seul, je pense que c’est aussi dû a l’apparition des premiers forfaits quasi illimités pour l’iphone (encore un problème de poule et d’oeuf) disponibles chez nos voisins, alors que la plupart des gens on surement fait des TRES mauvaises expériences avec les premiers tarifs data des opérateurs et n’ont plus osé employer ces dit services (15.-/MB chez Orange sans option ça calme).
Pour la batterie: E61=1500mAh contre 1000mAh pour le E65, et cela fait vraiment la différence en mode UMTS ou WLAN.
merci pour ce très bon article Pascal.
J’ai un iPhone 3G depuis 1 mois et il convient parfaitement à MES BESOINS !
Entièrement d’accord avec toi pour ramener les problèmes technologiques à de l’humain. C’est un leurre de croire qu’il y ait des problèmes ou des enjeux technologiques, il n’y a que des problèmes et des enjeux humains
Mais nous n’avons pas tous les mêmes besoins :
@vnic32 : je ne comprends même pas ta phrase “Au fait le couper coller est pratique pour écrire des sms/mms avec certains providers par le web (entre le carnet d’adresses et le champ d’entrée)”
Tu parles de saisir des adresses email de tes correspondants ?
bonne continuation
@vnic32
Je crois que tu extrapole tes raisons propres sur les autres.
Perso, ça m’est égale que l’iphone égale ou pas les technologies actuelles ou ancienne. L’important c’est qu’il répondent à mon besoin, qui n’est pas de me dire “Tiens mon modèle h4430gX2 est mieux que ce JK673k, car il n’incorpore pas telle technologie. non
L’Iphone est un objet design (dans son vrai sens du terme, c’est à dire que c’est l’utilisation qui détermine la fonction) et non pa une compilation technologique qui fera bien sur la boîte de l’appareil, mais qui se revelera foireux une fois en marche.
Echange bluetooth, 2 M pixel, MMS, who cares?
Moi j’ai mon IPhone dans les mains, et je me dit que c’est le plus bel objet que l’homme a inventé, parce qu’il est tellement fonctionnel, qu’ils ont pu se payer le luxe de le livrer sans mode d’emploi…
Mais ça, ça peut pas être compris par tout le monde, les geeks et compteurs de megapixels ou critiques de données technologiques sur papiers ne font pas partie du target group d’Apple… Ils ont leurs Nokia E61 ou leur HTC..