Ergonomie et originalité: une horloge qui fait perdre du temps

Horloge Partime

Samedi dernier, mon regard s’arrêta sur une horloge intrigante dans le hall du Novotel de Zürich: pas d’aiguilles, mais un cadran circulaire gradué sur la moitié de sa circonférence. Il m’a fallu plusieurs secondes avant de lire l’heure. Et si ce temps m’a été nécessaire, alors que la lecture de l’heure sur une horloge conventionnelle est quasiment instantanée, c’est qu’il m’a d’abord fallu comprendre le modèle de représentation de l’heure utilisée par l’horloge Partime. Autrement dit, j’ai perdu du temps alors que le rôle premier d’une montre ou d’une horloge, c’est d’aider les humains à le gérer au mieux: Un comble! Cet exemple illustre un principe important d’ergonomie: éviter l’originalité; à moins d’avoir de TRÈS solides arguments.

Lorsque nous parvenons à utiliser un appareil facilement dès le premier usage, sans mode d’emploi ni formation, c’est que la logique de fonctionnement de cet appareil nous est déjà connue et qu’elle est immédiatement identifiable; nous réutilisons alors des apprentissages antérieurs. Ainsi, un bouton poussoir s’utilise de la même façon, que ce soit la commande d’ouverture de secours des portes d’un bus, celle de feux piétons ou celle d’un ascenseur. Lorsqu’un bouton poussoir est facilement reconnaissable, l’apprentissage initial peut être utilisé dans de nombreux contextes.

Cela ne veut pas dire qu’un même type d’appareil doive obéir de façon immuable à la même logique de fonctionnement: la technique évolue et permet sans cesse de nouvelles interactions entre les hommes et les machines; par exemple au travers de gestes effectués avec plusieurs doigts sur un écran tactile ou de commandes vocales. Mais le temps nécessaire aux apprentissages de ces nouvelles interactions doit permettre ensuite aux utilisateurs d’être plus efficaces et efficients qu’ils ne l’étaient auparavant: exécution d’une même tâche en moins de temps, réduction des risques d’erreur, etc. Utiliser l’écran de l’iPhone nécessite de nouveaux apprentissages mais ces apprentissages permettent d’être plus efficace dans l’exécution de nombreuses tâches, notamment la manipulation d’une photo ou la navigation sur internet.

Pour assurer la simplicité d’emploi dans un environnement dans lequel plusieurs appareils aux logiques différentes cohabitent, il est important que

  • l’utilisateur puisse identifier sans ambiguïté le modèle conceptuel utilisé, de façon à ce qu’il puisse utiliser les apprentissages qui lui sont associés;
  • les différents modèles conceptuels ne soient pas contradictoires: ainsi, si la commande pour sauvegarder les messages sur le répondeur Swisscom, c’est la touche 2, il serait préférable qu’Orange n’utilise pas cette même touche pour l’effacement des messages, comme c’est le cas aujourd’hui!

Pour revenir à l’horloge Partime, son modèle conceptuel ne facilite pas la lecture de l’heure, même après une phase d’apprentissage. En outre, la probabilité de retomber sur une horloge de ce type dans un proche avenir est faible. Il est donc probable que l’apprentissage soit vite oublié! L’horloge semble donc condamnée à disparaître. A moins que l’indication de l’heure ne soit qu’une fonction prétexte de l’horloge et que le produit serve en premier lieu à attirer l’attention. Dans ce cas, on pourrait imaginer que Partime devienne un support publicitaire.

L’horloge de l’hôtel me fait penser à l’heure internet (Swatch Internet time) conçue en 1998 par le groupe Swatch. Ce système alternatif de mesure du temps, malgré un certain engouement au début des années 2000, reste confidentiel, en dépit des moyens de l’entreprise. Connaissez-vous un lieu public où ce système est utilisé? Un appareil qui affiche l’heure internet? Je me souviens d’un affichage électronique rouge dans le hall du Centre Georges Pompidou à Paris. L’horloge est-elle encore là?

1 commentaire à “Ergonomie et originalité: une horloge qui fait perdre du temps”


  1. 1 Louis CHATEL alias Gros Louis

    Gagner du temps… et le temps c’est de l’argent !
    Ceci précisé, on a offert à un de mes collègues une montre binaire, pas vraiment rapide d’y lire l’heure, mais là, comme précisé, puisqu’elle reste à son poignée, il sait maintenant y lire l’heure.

    On revient vite à des concepts basiques : la beauté de l’inutile par exemple :o)

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