A quelques jours de la sortie en DVD du film fantastique suisse “Marmorera”, voici une interview du réalisateur de celui-ci, Markus Fischer.
PM: Au milieu de ce paysage mort, les 2 protagonistes principaux du film, Simon Cavegn, jeune psychiatre Zürichois, et Julia, la femme des profondeurs qui émerge des eaux du lac de Marmorera, se livrent à une sorte de danse. Une danse avec la mort? avec la vie?
MF: En effet, il y a comme une ronde d’amour entre Simon et Julia. Un amour qui dure depuis longtemps et qui va être ramené à la vie (ou conduire à la mort).
PM: Qui est Julia, cette femme des profondeurs, qui émerge des eaux du lac de Marmorera? la douleur du vieux village détruit? la grand-mère de Simon? la rivière? une déesse de l’eau contrariée?
MF: Julia est la malédiction qui a été réveillée lors de l’anéantissement de la vallée. A l’époque, elle a perdu une bataille, celle pour son village et pour l’amour de son mari, dont Simon Cavegn est presque la réincarnation.
PM: Votre film est sorti en salle en Suisse alémanique en janvier. Il a été projeté dans plusieurs festivals: aux festivals de films fantastiques de Bruxelles et Neuchâtel et au festival de Locarno dans le cadre de la rétrospective Appellation Suisse. Il sort le 18 septembre en DVD. Comment va votre film aujourd’hui?
MF: Nous tentons actuellement de vendre les droits de remake à Hollywood, peut-être que cela va marcher. Et puis le film aura sa première projection allemande lors des Hofer Filmtage. Nous essayons également de le projeter dans les salles obscures allemandes. Le DVD qui sort le 18 septembre 2007 contiendra pas mal de bonus, notamment d’autres histoires de malédiction du vieux village, ce qui n’était jusqu’à présent pas connu.
PM: Est-ce que ce film a ou aura une existence hors de la Suisse allemande, en dehors de présentations ponctuelles dans le cadre de festivals? en particulier en Suisse romande?
MF: Etant donné que le film n’a pas fait autant d’entrées que prévu en Suisse alémanique, il sera difficile de le lancer en Suisse romande. En tous les cas, il existe une version sous-titrée française sur le DVD.
PM: Est-ce qu’on peut imaginer que Marmorera et que vos autres films, dont j’ai découvert l’existence à parcourant votre site internet, soient distribués un jour sur une plateforme de films à la demande? Est-ce que cela pourrait être une solution à la diffusion de films suisses dans tout le pays, et pas seulement dans la région linguistique d’origine?
MF: Oui, je pense que c’est une solution d’avenir et on pourra y trouver plusieurs de mes films.
PM: Le barrage est né en même temps que vous. Vous aviez probablement tous les 2 50 ans quand le projet a germé. C’est un cadeau que vous avez offert à ces 2 cinquantenaires? est-ce que c’est le genre de cadeau qu’un réalisateur suisse peut se permettre plusieurs fois dans sa carrière?
MF: Le village de Marmorera a en effet été immergé l’année de ma naissance, peut-être ai-je un rapport avec cela sans que je le sache car mes grands-parents et parents étaient à cette époque domiciliés dans le canton des Grisons.
PM: Comment voyez-vous le barrage de Marmorera aujourd’hui?
MF: Comme espace de réalisation pour des histoires mythiques et comme producteur d’électricité pour Zürich. L’énergie hydraulique n’est a priori pas mauvaise, excepté lorsqu’elle réveille des esprits malins.

PM: Comment ont réagi les habitants de Marmorera à votre projet? ont-ils vu le film? Dans le film, le protagoniste principal, vivant à Zürich, réveille une épidémie d’accidents en faisant intrusion dans le village. Et vous, qu’avez-vous réveillé par votre intervention dans le village?
MF: Les habitants de la vallée nous ont tous aidé, ils étaient très heureux de voir l’histoire de Marmorera rendue publique. Les Grisons ont été très ouverts et serviables.
PM: Que faut-il absolument voir si l’on se rend à Marmorera? Quel est le meilleur point de vue pour apprécier le lac et le village?
MF: Sur le barrage lors de fort vent ou alors faire une excursion au château de Marmels, où il y a une vue plongeante sur tout le lac : lorsque l’eau est très limpide, on croit y discerner les contours de l’église.
PM: Quel conseil donneriez-vous au suisse romand que je suis qui a envie d’être assistant de réalisation mais qui n’a aucune expérience en la matière?
MF: Soit tenter des études de cinéma dans une haute-école, soit essayer de travailler sur des films comme bénévole ou encore tenter l’assistanat lors du montage car c’est à la table de montage que l’on en apprend le plus sur le savoir-faire cinématographique.
Interview
© 2007 Pascal Magnenat (traduction: Nadja Först et Tobias Wehrli)
Crédits photo
© 2006 sava hlavacek / snakefilm gmbh (photos “Markus Fischer & co” et “Simon & Julia”)
© 2006 Phippo Pfiffner, Flickr (photo “Ligne électrique et lac de Marmorera”)
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